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Savoir transformer un handicap en atout

Écrit le 05/12/2019

Les membres du Collectif de Formateurs en Illettrisme (COFIL).

De gauche à doite sur la photo : Sophie Guerin, Marie-Françoise Pierre, Thierry Leber, Svetlana Dimitrova, Sophie Demeyer.

 

Échange avec Marie-Françoise Pierre, formatrice indépendante - Ingénieure en environnement

Marie-Françoise, quel est votre parcours ?

Arrivée sur le territoire à l’âge de 7 ans, j’ai réalisé une partie de mon cursus en Nouvelle-Calédonie avant d’aller étudier à Toulouse et faire une spécialisation dans les géosciences de l’environnement. Je suis revenue sur le territoire en 2006 pour travailler à la direction de l’environnement de la Province Sud,  j’ai notamment animé la démarche de modernisation de la gestion des déchets. 

En parallèle, comme je suis reconnue « travailleur handicapée » car déficiente visuelle, j’ai souvent été appelée pour participer à des ateliers sur l'insertion professionnelle des travailleurs handicapés. C’est un sujet qui m’a beaucoup intéressé et j’ai décidé de m’orienter également dans cette voie.

Je suis aujourd'hui à mon compte comme consultante et formatrice indépendante en développement durable. En effet, le développement durable consiste à allier la qualité environnementale, l'efficacité économique et l'équité sociale. Mes interventions peuvent être globales ou centrées sur l’une de mes expertises. 

 

Rencontrez vous des personnes en situation d’illettrisme dans les entreprises que vous accompagnez ?

Lorsque je forme un groupe avec un niveau de qualification peu élevé je rencontre effectivement souvent des personnes en situation d’illettrisme. J’estime qu’une personne sur dix environ est en difficulté pour lire, écrire ou compter. Je le remarque assez facilement car, comme je vois mal, je demande régulièrement aux stagiaires une participation pour écrire et de me lire des textes en cours de formation.

 

Comment réagissez-vous ?

D'une manière en tant que formatrice, j’apporte de l'importance à installer toujours un climat de confiance. Étant déficiente visuelle, je brise très vite les tabous en parlant de mon handicap en toute transparence. J’ai remarqué que cela avait un effet assez libératoire sur eux, ils se sentent d’égal à égal et donc un peu plus en confiance. Le message est : je ne vous cache pas mes difficultés, je vous invite à faire de même et nous allons nous entraider. J’adapte aussi ma formation en fonction du public, le travail se fera plus à l’oral dans certains cas.

 

Aviez vous les outils pour bien accompagner ces personnes ?

Non et généralement je les orientais vers la Croix Rouge. Mais cette année, Improve consulting et le FIAF m’ont invité, en tant que formatrice, à participer au premier creathon* organisé en juin et j’ai ainsi pu échanger avec une vingtaine de formateurs du territoire. Cela m’a donné envie de continuer et j’ai ainsi participé à la formation de formateurs spécifique sur l'accompagnement des personnes en situation d'illettrisme et cela m’a libérée. 

En effet, au delà de la technique, cette formation était axée sur la bienveillance, l’importance de donner envie d’apprendre, savoir installer un climat de confiance avec les apprenants, là j’ai vraiment trouvé ma place.

 

Un mot sur le collectif de formateurs récemment créé ?

Lors de cette formation de formateurs, je me suis rapprochée de certains d’entre eux. Nous avons beaucoup échangé sur la manière de mieux appréhender cette notion d’illettrisme en Nouvelle-Calédonie et sommes arrivés au constat qu’il était utile de se regrouper afin d’échanger nos bonnes pratiques et garder une énergie de groupe.

Avec 4 autres formateurs nous avons ainsi créé le COFIL (Collectif de Formateurs en Illettrisme). Nous échangeons par exemple sur nos outils pédagogiques afin de mieux contextualiser les outils au territoire calédonien. Il existe des outils venant de métropole mais pas toujours adaptés, nous cherchons à enlever tous les freins potentiels pour mettre la personne à l’aise et proche de son environnement direct.

 

Quelques exemples de personnes en situation d’illettrisme accompagnées ?

J’ai encore peu de recul mais j’ai l’exemple d’un maçon avec un bas niveau de qualification qui a commencé à travailler à 14 ans et qui s’est soudainement retrouvé travailleur handicapé. Sans formation initiale et en situation d’illettrisme, cette personne était en difficulté pour retrouver un emploi. À l’époque, je n’avais pas les outils à ma disposition, mais en installant un climat de confiance je suis arrivée à lui faire admettre que même si il avait des lacunes dans certains domaines, il avait toujours bien fait son travail, était compétent, ses employeurs satisfaits. Je me suis appuyée sur ses réussites pour l’amener à parler, échanger avec le groupe, se libérer et assumer pour se prendre en main. Ne sachant pas vers qui me tourner, je l’avais orienté vers la Croix Rouge, aujourd’hui je pourrais l’accompagner.

 

Pensez vous que les mentalités changent ?

Je tiens vraiment à saluer l’initiative du FIAF qui est un organisme récent et qui s’est emparé du sujet. Je trouve que les entreprises que je rencontre sont assez ouvertes, et souhaitent généralement mieux accompagner leurs salariés, elles y trouvent un intérêt mais il y encore des réticences. C’est plus facile de faire accepter la formation dans les grandes que dans les petites entreprises, plus tendues en termes de production. Je comprends que cela peut-être parfois compliqué de placer en formation un salarié en situation d’illettrisme par ailleurs très compétent dans son métier. Il y a des solutions à imaginer.

 

*journée de réflexion pédagogique proposée aux formatrices/formateurs locaux dans le but de concevoir une évaluation diagnostique pour positionner des apprenants identifiés en potentielle situation d’illettrisme. 

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