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Interview de Hervé FERNANDEZ, directeur de l'ANLCI

Écrit le 09/09/2020

A l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, Hervé Fernandez, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, explique les enjeux de l’accès aux compétences de base. propos recueillis par Julie Bienvenu - Journal Le Monde

Le 8 septembre marque la Journée internationale de l’alphabétisation. La cause semble ne pas concerner la France qui, ayant rendu l’école obligatoire en 1882, connaît un taux d’analphabétisme inférieur à 1 %. Pourtant, malgré cela, 2,5 millions de Français sont considérés comme illettrés, c’est-à-dire qu’ils sont allés à l’école mais ne maîtrisent pas les compétences de base – la lecture, l’écriture, le calcul mais aussi désormais le numérique. Pour Hervé Fernandez, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), qui organise ses journées nationales d’action du 7 au 13 septembre, l’illettrisme doit plus que jamais être au cœur des préoccupations, la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus ayant selon lui accentué les inégalités. 

Combien de personnes sont illettrées aujourd’hui en France et quel est leur profil ?

On estime à 2,5 millions le nombre de personnes confrontées à l’illettrisme en métropole, ce qui représente environ 7 % des 18-65 ans. En outre-mer, l’illettrisme est une réalité pour près de 40 % de la population à Mayotte, 20 % en Martinique, Guadeloupe ou Guyane.On ne peut cependant pas comparer la situation de la France aux autres pays : on est l’un des seuls à mesurer l’illettrisme alors que, pour beaucoup de pays, l’enjeu est encore l’alphabétisation, et donc l’accès de tous les enfants à l’école. Or ce sont deux réalités bien différentes. En France, les personnes qui ne sont pas allées à l’école dans leur pays ou doivent apprendre notre langue se tournent assez facilement vers les associations ou les organismes de formation. Mais les personnes illettrées, qui sont allées à l’école mais ne maîtrisent pas la lecture ou l’écriture, ont un sentiment de honte, d’échec, et elles se cachent. La majorité d’entre elles sont des hommes de plus de 45 ans, la plupart sont en emploi et ils vivent majoritairement en zone rurale.

Quel a été l’impact du confinement et plus largement de la crise sanitaire due au Covid-19 ?

On sait que l’essor des outils numériques a engendré un recours massif à la lecture et à l’écriture. Or la présence du numérique dans la vie quotidienne s’est amplifiée avec le confinement.

Beaucoup de démarches n’étaient possibles qu’en ligne : par exemple acheter un billet de train, actualiser sa situation auprès de Pôle emploi ou même prendre rendez-vous chez son médecin. Les bailleurs sociaux ont également arrêté d’accepter les paiements en espèces. Mais comment voulez-vous mettre en place un virement si vous ne savez pas lire ? Le suivi scolaire était également compliqué, des parents n’avaient pas l’équipement informatique pour accéder aux logiciels ou pas les compétences pour les utiliser. Il a donc fallu les accompagner. Cela fait plusieurs années que le numérique est considéré comme une compétence essentielle. Mais il y a eu une transformation rapide et profonde qui révèle et amplifie les fragilités des personnes qui n’ont pas la capacité de comprendre ce qu’elles lisent.

Quels sont les grands axes de la lutte contre l’illettrisme ?

Nous nous sommes battus pour qu’une nouvelle grosse étude nationale soit faite en 2022 afin de mesurer l’évolution de l’illettrisme depuis dix ans.

Il faut bien entendu continuer à détecter les jeunes qui ont des problèmes, notamment les décrocheurs. Beaucoup de choses sont faites au niveau de l’école, avec des classes à effectifs réduits, des accompagnements aux devoirs, l’éducation populaire, etc. Mais on sait, grâce aux chiffres des journées défense et citoyenneté, qu’un peu moins de 5 % des 17-18 ans peuvent être considérés comme illettrés*.(Métropole)

Surtout, il faut mobiliser les branches professionnelles et les entreprises : notamment mettre à profit le chômage partiel – qui touche beaucoup de personnes illettrées – pour faire de la formation professionnelle, qui inclurait une formation aux outils numériques et les savoirs de base (lire, écrire, compter).

L’illettrisme a reculé de 20 % environ entre 2004 et 2012en Métropole, ce qui montre que ce n’est pas une fatalité. Les gens se disent qu’ils ont échoué une première fois donc qu’ils n’y arriveront jamais. Cette année le mot d’ordre de nos journées d’action est « Vous avez la parole ». Pour que ceux qui sont sortis de l’illettrisme montrent que c’est possible ! Cela ouvre des portes, vers la formation professionnelle, de nouveaux postes, l’accompagnement scolaire de ses propres enfants… C’est souvent une première marche vers l’autonomie, c’est une forme de liberté retrouvée.

 

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